Santé féminine et valeurs culturelles

February 25, 2021

Quatres étudiant·e·s nous racontent le processus qui les a ammené à organiser une Learning Expedition sur la santé féminine et les valeures culturelles.

Pour notre Learning Expedition, nous avions comme point de départ le concept 0 suivant : « La bise responsable ». Il nous fallait donc créer une série d'activités autour de ce thème, et pour ce faire, il fallait trouver une direction qui nous convienne à tous.

Avec un sujet tel que la "bise responsable", la Covid a naturellement été le point de départ de notre réflexion. Par exemple, pour limiter les risques de contamination, les français ont dû faire une croix sur la bise. Une telle mesure pousse à se demander si nous tendions vers une société qui valorise la rationalité scientifique au détriment des valeurs culturelles.

Tout d’abord, il convient de distinguer tradition et culture. La bise est une tradition, soit une pratique ou un savoir hérité du passé, répétée de génération en génération. Elle a donc un fort potentiel de disparition. A contrario, une culture n’a pas vocation à disparaitre mais à évoluer et est façonnée par des éléments extérieurs comme les avancées technologiques et scientifiques.

Cependant, nous souhaitions nous éloigner du contexte Covid en nous interrogeant sur les autres liens existants entre valeurs culturelles et santé. Notre équipe étant composée de personnes issues de cultures mixtes, nous nous sommes interrogés sur le poids des tabous culturels autour de la santé féminine. Encore aujourd’hui, il existe une forte méconnaissance et désinformation autour du corps de la femme, rendant très complexes le diagnostic et le traitement de maladies qui touchent des millions de femmes.

Nous avons donc finalement opté pour la problématique suivante :

Comment aborder les tabous sur la santé féminine en France à l’ère du 21ème siècle ?

Il nous paraissait d’autant plus important de traiter ce sujet, que la majorité de la promotion MINNO est composée d’homme. Nous avons divisé les thèmes que nous souhaitions aborder en deux parties répondant aux concepts "Constabou" et "Action Collective".

Constater les tabous

Le Constabou, pour "constat des tabous", est un tour d'horizon sur les tabous de la santé féminine aujourd'hui.

Nous nous sommes tout d’abord intéressés aux questions liées à la perception du genre opposé. Nous voulions créer un atelier qui nous permette d’identifier les biais qui existent dans nos relations quotidiennes. Notre premier atelier y est consacré via différents jeux et jeux de rôle permettant de déceler les stéréotypes qui affectent notre jugement inconsciemment.  

Le deuxième thème qui nous tenait à cœur d’explorer est « les tabous dans les médias traditionnels ». La publicité reflétant souvent son destinataire, il était intéressant de voir l’évolution de la commercialisation d’un produit tabou à la télévision pour voir le tabou s’émousser peu à peu. C’est là le thème de notre deuxième atelier. La culture étant propre à un groupe social, il était également intéressant d’analyser les différences culturelles liées à un même tabou. En le recentrant sur la santé féminine, il nous a paru évident de parler d’une cause qui jouit de la libération de la parole :l’endométriose. Nous allons donc recevoir une association qui lutte contre cette maladie pour nous parler des différences de traitement en fonction des pays. Pour le dernier thème du Constabou, il nous semblait important d’aborder la manière dont la santé féminine est traitée dans l’éducation. Grâce à cet atelier nous voulions voir s’il existait une asymétrie d’information dans l’éducation lié aux recherches moins poussées sur l’anatomie féminine.

À la recherche de solutions

Le concept d'action collective regroupe les pistes de solution pour pallier les problèmes soulevés en première partie.

Pour trouver une solution pour demain il faut redéfinir le rôle des hommes, avec un petit h, dans le débat et dans le rapport de la femme à son corps. Cela passe par exemple par une égalité en matière de contraception. Nous allons donc organiser un débat grâce au Samoan Circle. Les participants au débat se mettent en cercle et s’ils souhaitent réagir au thème donné, ils s’avancent créant plusieurs cercles concentriques entre les auditeurs et les débatteurs. Les connaissances sur ce sujet peu accessible nous seront données par une association spécialisée dans la contraception masculine. Il nous fallait aussi discuter du rôle du gouvernement dans ce débat. Nous voulions donc consacrer un atelier entier à la manière dont la sécurité sociale et les mutuelles pourraient alléger les couts de santé des femmes et les obstacles.
Afin de nuancer avec l’atelier sur les médias traditionnels, nous souhaitions avoir un point de vue sur l'impact que pouvaient avoir les réseaux sociaux sur ce mouvement. S’ils peuvent être la source d’un mal-être psychologique, ils servent également la libération de la parole brisant ainsi des tabous millénaires. Nous allons donc faire appel à des femmes se servant quotidiennement des réseaux sociaux afin d’informer sur le corps de la femme ou simplement de véhiculer une image positive de son corps.  

Pour l’atelier qui clôture notre Learning Expedition, nous voulions traiter d’un sujet léger. Nous voulions aborder les différentes techniques de langage pour détaboutiser. Nous nous sommes donc tournés vers l’humour et les outils sémantiques utilisés par les professionnels du spectacle. Dans un atelier d’improvisation nous voulions voir la manière dont nous pouvions utiliser l’humour pour désamorcer une situation où un tabou rend la discussion inconfortable.  

Le sujet des tabous sur la santé féminine est très vaste et nous avons dû renoncer à traiter des thèmes importants tels que le plaisir féminin, l'avortement ou encore la recherche soutenant le bien-être de la femme.

Les recherches que nous avons pu faire pour constituer cette série d’atelier nous ont montré que la libération de la parole permettait la disparition des tabous. Cependant, nombre d’acteurs ne se sont pas décidé à contribuer à ce mouvement comme la recherche, l’éducation ou encore l’Etat. Il est donc important pour nous de nous renseigner le plus possible sur cette problématique afin de faire à notre tour avancer les choses.

Les propos tenus dans cet article n’engagent que leur·s auteur·e·s et non l’association MINNO