Vous ne savez pas brainstormer

July 19, 2021
Stéphanie Oswatte

En tant qu'étudiant·e·s en management de l’innovation, il y a une technique qui revient constamment dans nos séances de travail et notamment dans nos projets de groupe : le Brainstorming. Et, bien que de nombreuses autres méthodes de créativité et de conception collectives existent, le brainstorming continue d'être populaire par sa facilité de mise en oeuvre: c'est une méthode efficace et intuitive qui n'a pas de règles strictes... or is it ?

Un problème ? On a qu'à faire un brainstorming !

Sur les lieux de travail ou en milieu scolaire, il est fréquent d’entendre la moindre petite session de discussion ou de débat être qualifiée de brainstorming. Malheureusement, peu savent ce qu'est vraiment le brainstorming. En conséquence, nombreux sont ceux qui finissent dégoûtés par cette méthode, elle-même victime de son succès. Dans cet article nous allons donc (re)voir ensemble la véritable définition du brainstorming ainsi que les règles et conditions nécessaires à son bon déroulement.

Les origines

Pour comprendre l'intention du brainstorming, il faut remonter au temps de sa conception.

C'est en 1939 qu'Alex F. Osborn, alors vice-président d’une agence de publicité américaine, crée le brainstorming. Avec cet exercice, Osborn souhaite surmonter un problème récurrent qu’il a pu observer avec ses collèges : lors de séances d'idéation, les participants ont tendance à juger et évaluer une proposition dès qu’elle émerge, résultant en une inhibition sociale et donc un manque d'originalité des idées. Pour éviter cela, Osborn conçoit la technique du brainstorming dans laquelle la phase de génération d’idées est distincte de la phase d’évaluation de ces idées.

4 règles essentielles

Osborn établit 4 règles primordiales pour assurer l’efficacité d’une bonne séance de brainstorming.

Règle n°1:  Il est interdit de parler du Fight Clu- euh non pardon !

Règle n°1:  Se concentrer sur la quantité d’idées générées. Osborn défend l’idée que la probabilité d’avoir une très bonne idée dans le lot augmente avec le nombre d'idées trouvées. Un postulat controversé, qui sera par la suite critiqué par les chercheurs en créativité.

Règle n°2:  Encourager les idées originales. Il n’y a pas d’idées trop folles.

It’s much easier to tame a wild idea than invigorate one that has no life in the first place — Alex F. Osborn

Règle n°3: Interdiction de critiquer une idée pendant la phase de génération d’idées. En effet, cela pourrait décourager les participants à s'exprimer ce qui serait contre-productif.

Règle n°4: Rebondir sur les idées des autres. Il ne faut pas hésiter à pousser les participants à construire sur les idées déjà générées et à essayer de les améliorer.

Une séance en deux temps

Votre séance de brainstorming ne prendra du sens que si vous respecter ses deux temps: une phase de génération libre d'idées et une phase de sélection.

La séance doit débuter par une introduction aux enjeux de la séance avec une présentation du déroulé et de la problématique. Il est important ensuite de rappeller aux participants les règles du brainstorming. On peut ensuite commencer la phase de génération d’idées. Celle-ci peut prendre différentes formes. En voici quelques exemples (Zinque, 2015):

L’expression spontanée : Chaque membre s’exprime quand il le souhaite. Cette méthode favorise la libre circulation mais il y a un risque que les personnes les plus réservées se fassent « écraser » par les plus extravertis.

Le tour de table : Chaque membre s’exprime à tour de rôle en donnant une idée à chaque fois. Cette méthode permet de mieux répartir le temps et de favoriser l’écoute mais en entravant la spontanéité on prend le risque d’oublier des idées ou de choisir de ne pas les exprimer après une seconde réflexion.

La méthode « Post-it »: Elle consiste à accorder quelques minutes à chacun des membres pour noter de manière individuelle toutes leurs idées puis de les collecter et de toutes les rassembler sur un même support. Cette méthode permet de conserver une certaine spontanéité tout en permettant à chacun de pouvoir s’exprimer.

Quelle que soit la méthode, il est important de noter toutes les idées qui émergent et qu’elles soient visibles par les membres du groupe afin de permettre aux participants de rebondir. Vient ensuite la phase d’évaluation des idées. Lors de cette phase les membres doivent débattre de la pertinence des idées émises : leur originalité, leur faisabilité, leur pertinence vis-à-vis de la problématique donnée.

Enfin les participants doivent sélectionner les idées qu’ils souhaitent élaborer dans le futur. La méthode de sélection peut prendre différentes formes; la plus commune étant le vote. Pour finir la séance, il ne faut pas oublier de conclure la séance en remerciant les participants et en attribuant le mérite de la séance à tous. La durée de la séance dépend du nombre de participants : plus il y a de participants, plus la séance doit être longue. Le temps doit être réparti équitablement entre la phase de génération et d’analyse.

Une méthode réservée aux créatifs ?

Pour le nombre de participants il est recommandé d’être entre 4 et 7 personnes : Plus, la séance se transforme en capharnaüm, moins, c’est prendre le risque d’être rapidement à court d'idée et de tourner en rond. Si vous avez un plus grand groupe, il est fortement conseillé de le diviser en plusieurs petits groupes.

Il est  préférable d’avoir un groupe avec des profils variés : différents âges, professions, et opinions. Autre point important : cette méthodologie a été pensée pour des personnes qui sont habituées à faire appel à leur créativité. Pour les participants pour qui ce n’est pas le cas, il existe des outils pour stimuler la créativité. Ces outils peuvent être envoyés au préalable de la séance aux différents participants. Dans son ouvrage L’imagination Constructive, Osborn propose ce qu’il appelle un « réchauffage ». C’est le fait de demander aux participants de produire des idées pour une question très simple, du style « Comment améliorer une chaise ? »

Autre outil qui peut être utilisé, une tâche d’idéation comme celle de l’œuf proposée par Marine Agogué : « Trouver autant de solutions originales que possible au problème suivant : qu’un œuf de poule lâché d’une hauteur de 10 mètres ne se casse pas. »

Enfin, pour assurer le bon déroulement du brainstorming, la présence d’un animateur ou coordinateur est nécessaire. Bien que son rôle soit fondamental, il est très souvent oublié lors des sessions de brainstorming. Pour assurer son efficacité il est préférable que l’animateur reste neutre et donc ne participe pas directement au brainstorming. Ses missions principales sont : d’expliquer les enjeux et les règles du brainstorming aux participants, veiller à ce que tous les participants s’expriment, gérer les potentiels conflits, veiller au bon respect du temps et superviser la phase d’analyse et d’évaluation pour aider les participants à choisir les meilleures solutions.

Mettre le chef à la porte

Pour une séance de brainstorming efficace, il faut instaurer un environnement bienveillant et qui permet à chacun d’être à l’aise. Pour ce faire, il est conseillé qu’aucun supérieur hiérarchique ne soit présent.

Dans le cas où les différents participants ne se connaissent pas ou peu, il est recommandé de commencer la séance par un Ice Breaker : les petits exercices physiques sont idéaux pour détendre l’atmosphère et créent un esprit d’équipe. L’environnement doit également être propice à la concentration. Il est important d'éliminer la pollution sonore bien sûr mais aussi d’autres distractions extérieures comme le téléphone et les notifications. En ce qui concerne l’environnement physique, il est important de vérifier la disposition des chaises et des tables. Elle doit être telle que tous les participants puissent à la fois se voir et voir le tableau ou le support sur lequel est noté le sujet et les différentes idées.

Pour aller plus loin…

Si vous voulez en savoir davantage sur la méthode du brainstorming voici quelques ouvrages qui pourraient vous intéresser :

  • L'imagination constructive (1964) Alex F.Osborn
  • Comment innover en équipe (2015) Nicolas Zinque
  • Brainstorming Box: Comment inventer en groupe de très bonnes idées (2012) Isabelle Izard & Nathalie Cahn
  • Alex F. Osborn, le brainstorming, premier outil de support à la pensée créative  (2016) Marine Agogué

En attendant nous espérons en avoir réconcilié quelques-uns avec la méthode du brainstorming ;)

Les propos tenus dans cet article n’engagent que leur·s auteur·e·s et non l’association MINNO